3 Fiv, 2 grumeaux, 1 vie

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Voyage, voyage… 9 février 2015

J’avais 16 ans quand une toute jeune professeur de français eut l’idée de faire lire à sa classe “la maison aux esprits” d’Isabel Allende. Abonnée au dernier rang pour toutes les matières “non scientifiques”, j’ai soudain entrepris une migration vers le rang des faillotes. Avec ce livre, je tombais sous le charme et me mettais à rêver du Chili.

20 ans de rêve et enfin la découverte. Pas tout à fait comme je l’imaginais, moins aventurière (le Chili en sac à dos avec 3 enfants, je n’ai pas osé), moins longue (il restait 10 jours de congé à mon homme) mais le sentiment d’atteindre enfin une destination tant fantasmée.

Au détroit de Magellan je ne cessais de conseiller à mes enfants de faire le plein d’images, que ce voyage ils ne le referaient peut-être jamais. Je ne pense pas qu’ils aient saisi la dimension légendaire de la destination.
Quelques jours plus tard, alors qu’ils jouaient au bord du Pacifique je réalisais que j’avais 16 ans la première fois que j’avais traversé l’Atlantique, 28 ans quand j’ai franchi l’équateur pour la première fois et qu’à 37 ans, je trempais mes orteils pour la première fois dans cet océan. Eux sont nés de l’autre côté de l’Atlantique et dans l’hémiphère sud, à moins de 6 mois ils découvraient les vols long courrier, et à 3 ans ma fille était là, à sautiller dans le Pacifique.

Auront-ils la bougeote ou bien chercheront-ils la stabilité que nous ne leur aurons pas donnée ? Quels souvenirs garderont-ils de ces voyages ?

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Fan 21 mai 2014

Il est un groupe que j’écoute depuis des années. Une voix qui, alors que je l’entendais pour la première fois, m’a bouleversée. Des morceaux que je ne me lasse pas d’écouter.
Un premier concert de ce groupe, enceinte de 7 mois, bourrée de spasfon et autre utero-relaxant. Un premier concert à la fin duquel on se dit que ça ne peut pas s’arrêter là, qu’il y en aura d’autres, surtout qu’il avait manqué une chanson, une seule pour que ce soit absolument parfait.
Et parfois la vie est bien faite et il y a quelques jours je vibrais une fois encore en écoutant cette voix, en solo cette fois (la voix, car côté public, on était un peu plus nombreux). En y allant, secrètement j’espérais que cette fois-ci, il y aurait la chanson, celle que je souhaite plus que toutes les autres entendre une fois en live.
Alors quand après près de 2 heures de show j’ai reconnu les premières notes, celles qu’intérieurement j’appelais depuis le début, je crois que j’ai sautillé sur place, telle une adolescente attardée. En me tournant vers mon homme pour partager ma joie, pour lui dire c’est celle-là, j’ai vu dans ses yeux qu’il savait. Et j’y ai vu le bonheur qu’on peut ressentir de savoir l’autre heureux. J’ai vu mon homme heureux que je sois heureuse. Et j’ai su qu’il m’aimait encore.

 

S’ancrer 24 septembre 2013

Je ne sais pas d’où je viens. De nombreux déménagements, 7 ans dans une ville peu, particulièrement à l’adolescence, ne m’ont pas donné  les éléments pour pouvoir affirmer que je suis de là.

Et pourtant, il est un endroit où je me sens chez moi, où j’aime retourner régulièrement. Un endroit dont j’aimerais pouvoir dire qu’il est mon chez moi.

Une région, coincée entre mer et océan,  où l’hiver n’est jamais trop rude et où les étés ne sont jamais étouffants. Où l’on dine dans la rue de janvier à décembre, où les orangers bordent les places.

Les éoliennes ont envahi les collines où seuls résistent oliviers et figuiers de Barbarie.

Là, l’Afrique est si proche qu’on a le sentiment qu’il suffirait de tendre les bras pour l’atteindre. Si visible certains jours qu’on pourrait traverser le détroit uniquement pour aller boire un thé de l’autre côté.

Un pays où l’on parle une langue si belle. Une langue qu’en un an j’avais appris à maitriser mieux que le portugais en 7 ans.

Je rêve d’une maison là-bas. Une maison qui serait la mienne, celle de mes enfants. Un point d’ancrage pour la famille. Offrir un port d’attache à mes enfants qui seront, je le sais déjà, des déracinés.

Une maison pour assouvir un besoin de racine, dans laquelle nous ne poserions nos valises qu’une dizaine de jours par an, ce n’est pas très sérieux. Une maison qui reste un rêve. Mais parfois les rêves se réalisent…

 

Et après ? 17 octobre 2012

Filed under: C ma vie rien qu'à moi,C magique — Lola @ 6:26

Il y a 15 ans, mon HMV m’invitait à diner pour la première fois dans son petit appartement d’étudiant. Ce soir-là, je ne suis pas rentrée chez moi.

Il y a 15 ans, je me disais que j’avais passé une bonne soirée mais que ça ne pouvait pas durer. Au bout d’une semaine, j’ai commencé à penser que cette aventure d’un soir s’éternisait. Quinze jours après, je réalisais qu’il y avait cachalot sous gravier.

6 mois après ce premier diner, nous réalisions qu’il était inutile de payer 2 loyers et 9 mois après ce premier repas, nous entrions dans notre premier appartement. Un vrai 2 pièces, grand luxe pour des étudiants, mon HMV me faisant remarquer qu’en vivant à deux, on augmentait notre pouvoir d’achat de 30% (je n’ai jamais vérifié cette information mais elle en dit long sur le romantisme de l’homme).

15 ans plus tard, 3 enfants après, 10 appartements, 4 pays, il est toujours là. Un peu plus grisonnant, un peu moins sportif athlétique mais toujours lui.  Il me fait encore rire (et il a de la chance que je sois sensible à son humour).

15 ans plus tard, 3 enfants, je suis toujours là aussi. Un peu moins belle, un peu moins ferme, plus fatiguée et moins disponible.

15 ans de choix, de joie, de renoncements, de découvertes, d’épreuves, de bonheur. 15 ans de vie partagée sur un chemin qui n’était forcément celui qu’on imaginait (je vous ai déjà dit que je voulais avoir mes enfants espacés ? Que l’homme disait 2 enfants maxi ?)

Serons-nous toujours là dans 15 ans ? Saurons-nous affronter les difficultés à venir aussi bien que celles passées ? Existe-t-il une réserve d’amour qu’il faut préserver sous peine d’en manquer un jour ou peut-on recharger les batteries régulièrement ? Et ce genre de recharge, ça se fait comment ?

 

ps : j’étais très très jeune quand j’ai rencontré l’homme (n’oubliez pas que j’ai 28 ans…depuis plusieurs années)

pps : s’il existe ici une lectrice qui partage une amie réelle avec moi, qu’elle sorte de l’ombre.

 

Arrivée (3/3) 10 janvier 2012

Filed under: C du grand n'importe quoi,C la pêche,C magique — Lola @ 2:23
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Les choses s’accélèrent, l’équipe se met en place, on m’installe sur la table d’accouchement, position gynécologique. Je regrette de ne pas mettre mieux renseignée sur les positions idéales d’accouchement, de ne pas en avoir parlé avec ma gynéco avant…D autant plus que dans le peu que j’ai lu, cette position était très critiquée. Je ne sais pas à quoi m’attendre, je panique, je répète que je ne sais pas faire, que l’homme ne sera d’aucune utilité, qu’il nous faut absolument une formation accélérée sur l’accouchement.

Visiblement, personne ne souhaite prendre le temps de me donner ce rapide cours. On m’explique juste que quand on me le dira, et uniquement quand on me le dira, je devrai me cramponner aux poignées et pousser. L’homme lui doit garder ses mains gantées jointes et surtout ne toucher à rien s’il veut couper le cordon, ordre du pédiatre.

Je n’ai pas le temps de protester plus sur mon manque d’entrainement qu’on me dit de pousser. Je fais ce que je peux, pas convaincue de l’efficacité de ma poussée. On voit la tête paraît-il. Et alors qu’on s’était toujours dit qu’il resterait à mes côtés, je vois mon homme, ce traitre, se pencher pour voir.

Dra J me dit qu’elle va devoir couper, qu’elle sait que je ne voulais pas mais elle doit le faire. Je tente une vague négociation (non, on ne coupe pas. – si je vais couper, – non) mais je sens assez rapidement que je ne suis pas en position de force. Je baisse ma garde et elle sort son scalpel. Nouveau regret sur mon manque de préparation : j’aurais peut-être pu éviter l’épisiotomie.

Obéissante, je pousse quand on m’en donne l’ordre une seconde fois. Elle va sortir, elle sort, elle est là. Elle crie, je la voie, je l’entends. Il est 20h07. J’ai poussé deux fois et ma fille est là, posée sur ventre. J’attrape sa petite main pendant que l’homme, sous le regard inquiet du pédiatre, coupe le cordon. Visiblement, c’est assez franco-français cette tradition.

Le pédiatre la prend et réalise les premiers soins. Mon homme la suit, les suit.

Je ris. Ma fille est née, par voie basse, elle est belle.

Mon HMV revient, les yeux rougis par l’émotion. Il me dit qu’elle est belle, qu’elle est parfaite, qu’elle fait 3 kilo tout rond (elle a le sens du détail cette enfant). Nous sommes les parents d’une petite fille, nous sommes les parents de 3 enfants.

On me recoud, je suis sur un nuage alors que j’entends vaguement l’équipe médicale reprendre leurs conversations anodines. Comment peuvent-ils penser à leur prochain repas ensemble alors qu’un tel miracle vient de se réaliser ?

 

Ma fille a choisi de naître le 16 décembre et comme elle savait que ses parents étaient incapables de décider si une césarienne c’était mieux qu’un accouchement par voie basse (ou l’inverse), elle a choisi pour eux. Et pour qu’il n’y ait pas de doute, elle a fait ça vite. Ma fille est née dans un éclat de rire.

 

Et depuis ? Ce n’est que du bonheur, ou presque.

 

L’arrivée (2/3) 8 janvier 2012

Filed under: C du grand n'importe quoi,C la pêche,C magique — Lola @ 9:06

Dra J m’examine car il faut décider si on fait une césarienne ou non. Elle me prévient tout de même que le pédiatre de son équipe est dispo immédiatement si on décide d’une césarienne. Sauf que moi, je veux mon pédiatre. Enfin celui de mes fils, celui qui était présent à leurs naissances et qui les suit depuis, celui qui n’a jamais jugé mon choix du non-allaitement dans un pays où l’allaitement est vivement conseillé pendant au moins six moins et largement encouragé au-delà de la première année. Bref, tant que mon pédiatre à moi que j’ai choisi n’est pas là, on ne fait rien. Et ça tombe bien, car le col est ouvert à 2 cm donc on peut attendre un peu pour voir comment évoluent les choses.

J’alerte soudain la gynéco : je me vide de mon sang ! Elle m’assure que non, j’ai quand même bien l’impression de saigner énormément. La poche des eaux vient de se percer.

Vers 19 heures, le pédiatre arrive. Nouvel examen : 4 cm ! Malgré les saignements qui inquiètent la gynéco, on attend.

Nouveau contrôle vers 19h30 et là, la gynéco nous annonce mi-surprise, mi-déçue : 7 cm ! Ce sera un accouchement par voie basse, son diner du vendredi soir est définitivement foutu.

Soudain, nous prenons conscience avec mon HMV que la nuit sera peut-être très longue, que nous n’avons même pas d’appareil photo, que la valise n’est pas terminée, que nous ne sommes pas prêts. On recharge rapidement les téléphones, vivre avec un geek à des avantages : nous aurons des photos convenables malgré tout.

Un peu avant 20h, j’ai mal. J’envoie mon homme avertir l’anesthésiste : j’ai besoin d’une dose supplémentaire. Mon homme étant parfois d’une rare efficacité, l’anesthésiste ne tarde pas à arriver. Suivi de la gynéco, de la seconde gynéco et du pédiatre : plus on est de fous…Mais alors que je n’attends de lui qu’une simple injection, cette joyeuse troupe se lance dans un interrogatoire digne de Guantanamo. Tu as mal où ? Ça appuie où ? Sur la vessie ou tu as envie d’évacuer ? Même le pédiatre se joint à l’interrogatoire. Ils restent dubitatifs devant mes réponses : j’ai mal et j’ai l’impression que le bébé m’écrase la vessie. Et non je n’ai pas envie de faire caca. Pour en avoir le cœur net, Dra J m’examine une nouvelle fois. Et là affolement général : « Vai nascer, vai nascer ». L’homme parti vider sa vessie (sans qu’on lui demande à lui si c’était bien sa vessie qu’il voulait vider) revient à ce moment là sans bien comprendre l’agitation soudaine qui règne. On imaginait bien que notre fille allait naître, pourquoi tant d’affolement soudainement ?

On m’explique : ouverture à 10, le bébé s’engage, on va passer en salle de naissance. No soucy, j’y vais. Bon, vues les têtes éberluées de l’intégralité de l’équipe médicale quand j’ai commencé à me redresser en indiquant que j’allais, sur mes 2 jambes, traverser le couloir pour rejoindre la salle d’en face, je me rallonge illico presto. Vai nascer, vai nascer, et hop, on pousse mon lit d’une salle à l’autre.

Pas forcément bien prérarée, je demande à mon médecin combien de temps ça va durer maintenant : 10 minutes maxi.

Là, c’est moi qui panique. 10 minutes !!! Non mais attendez, je ne suis pas prête. Je ne sais pas ce qu’il faut faire, on ne m’a jamais expliqué. L’homme n’a même pas vu le DVD de préparation à l’accouchement. Non, non, faites-moi un cours express et après on en reparle, mais 10 minutes, c’est juste pas possible…

 

L’arrivée 5 janvier 2012

Filed under: C du grand n'importe quoi,C la pêche,C magique — Lola @ 5:27

Ecrire pour ne pas oublier, le décrire pour fixer ce moment, pour peut-être mieux le partager avec elle dans quelques années. L’écrire ici pour le revivre une nouvelle fois, pour oublier qu’il n’y en aura pas d’autre.

 

Elle avait su s’imposer à nous, se nicher discrètement dans mon corps alors qu’on ne l’espérait plus. Elle a su de la même façon choisir son heure et imposer sa manière pour voir le jour.

Vendredi 16 décembre, je déjeune avec un couple qui connaît des difficultés pour concevoir un enfant. Une amie commune nous a mis en relation afin de leur faire partager mon expérience de la FIV au Brésil.

Suite à ce déjeuner, je prends le métro pour rentrer chez moi. Et comme je suis en forme et qu’il fait beau, je décide de faire le dernier kilomètre à pied. Je ressens bien quelques contractions un peu plus fortes, mais rien d’insupportable.

A la maison, les grumeaux m’attendent : nous installons un atelier bricolage : découpe, perforatrices, on s’amuse. Les contractions sont un peu plus violentes mais elles ne viennent pas du dos. J’appelle une amie qui comme moi avait eu des séances d’acupuncture pour déclencher l’accouchement. Oui, elle avait bien eu des contractions plus violentes après la séance. Chronomètre me dit-elle. Sage conseil mais avec 2 enfants excités à gérer, pas évident de sortir le chronomètre.

Soudain, je sens un truc bizarre, je vais aux toilettes et constate des saignements. Surement le bouchon muqueux. Ou pas. Je préviens l’homme, juste pour info mais pas d’alerte. Je vais prendre une douche chaude, à défaut d’avoir une baignoire. J’appelle quand même Dra Janine qui me demande d’évaluer le volume des saignements. Comment on évalue ce genre de chose ?? Dans le doute, elle me demande de passer à son cabinet. Nouveau coup de fil à l’homme qui est déjà en route.

Le chauffeur de taxi est un homme bavard qui s’inquiète du prix du café à Paris (malgré 4 ans ici, je conserve un pitoyable accent français). Je n’ose lui dire que la dernière fois que j’ai bu un café à Paris, on payait encore en franc. Ok, j’exagère un petit peu. Et le voilà qui se lance dans la comparaison des systèmes de santé. Discussion certes intéressante mais j’ai un peu de mal à me concentrer, j’aurais peut-être dû les chronométrer ces contractions.

Mon homme m’attend sur le trottoir, nous montons voir la gynéco.

Finalement, c’est un peu poil inconfortable ces contractions qui se répètent toutes les 2 minutes mais ça doit être pour de faux car ça ne vient toujours pas du dos. Dra J commence l’examen et s’inquiète du volume des saignements, trop importants. Une rapide échographie montre que la partie interne du col est ouverte mais qu’il est toujours fermé de l’autre coté. Mais les saignements ne nous laissent pas d’alternative : il faut aller à la maternité. Dra J prévient son équipe et mon pédiatre : ce sera pour aujourd’hui, certainement une césarienne. En l’entendant dire cela, je réalise que je ne veux pas de césarienne. Pas comme ça.

Direction la maternité, un vendredi soir à 17h30. Avec la gynéco assise à l’arrière de la voiture. Sauf qu’un vendredi soir à 17h30, c’est pour le moins encombré. Mon homme panique un brin et nous nous attendons à recevoir quelques amendes pour avoir roulé sur le trottoir, pris des stations services pour une voie rapide, doubler par la droite, etc. Contractions se rapprochent : 1min 45 et quand même ça fait un peu mal mais nous avons un médecin dans la voiture, aucune raison de paniquer.

Vers 18 heures, nous arrivons à la maternité. Mon HMV se charge de la partie administrative pendant que la gynéco m’entraine en salle de travail. Là je ne peux plus marcher pendant les contractions, finalement une césarienne, pourquoi pas ?

18h30, l’anesthésiste pose la péridurale. Je suis inquiète et espère qu’il va arriver à viser juste entre 2 contractions. Je lui signale et lui mets un poil la pression en lui indiquant que sa femme était l’anesthésiste pour mon premier accouchement, alors que je vais pouvoir comparer. Il est inébranlable face à mes remarques douteuses (à mettre sur le compte du cocktail qu’il a branché à mon bras). Soudain, plus de douleurs. Je suis amoureuse, cet homme est exceptionnel.

Mais c’est tout de même mon homme à moi que j’attends maintenant…